Je vois quelqu’un…

Au départ, je n’étais pas sure de vouloir parler de ce sujet hautement intime, mais vu que je vous ai déjà parlé de ma coupe menstruelle, on n’est plus à ça près. Donc oui, je vois quelqu’un.

Il y a quelques années, dans A nos amitiés perdues…, à la fin de l’article, j’évoquais l’idée d’avoir recours à une aide professionnelle. Car parfois, on a besoin d’un avis extérieur, qu’une personne neutre qui a les compétences nécessaires nous aide à identifier ce qui ne va pas et à trouver des solutions. J’ai donc pris contact avec une thérapeute.

Parce que j’étais à bout de souffle. J’étais arrivée au bout de ce que mon esprit et mon corps pouvaient supporter.

Comme beaucoup, je traîne des bagages émotionnels et des traumas depuis des années, parfois depuis l’enfance. Ouais, je suis toujours énervée de ne pas avoir eu la gourde et le cartable que je voulais pour mon entrée au CP !!! Oui !

En faisant le tri dans mes mails récemment, je suis retombée sur le premier mail que j’ai envoyé à ma thérapeute pour la prise de contact. Quelques jours plus tard, j’étais dans son cabinet.

Et Dieu, qu’elle est douée ! Dès la première séance, j’ai pu le constater. Je répondais aux questions que l’on peut considérer comme banales, jusqu’à ce que j’aie comme une illumination. Et sans m’en rendre compte, tout est remonté à la surface. Des choses que parfois même j’avais oubliées ! Elle est douée je vous dis !

Dès la première séance, j’ai pleuré. Mais pas les pleurs du charisme où les larmes coulent doucement sur les joues. Non, c’était le ugly crying bien comme il faut, avec les yeux rouges et le nez qui coule.

Deux ans plus tard, je peux dire que c’est une des plus belles décisions de ma vie, et probablement celle qui aura été le plus bénéfique à ma vie d’adulte. Qui sait ce qui ce serait passé si je n’avais pas franchi le pas de la porte de son cabinet…

J’ai la chance de pouvoir y aller car financièrement, je peux me le permettre. J’ai intégré mes séances de thérapie comme une catégorie fixe dans mon budget. Même si elles ne me sont pas remboursées par la Sécurité Sociale / la Mutuelle. Pour qu’elles le soient, je crois qu’il faut une prescription de son médecin traitant. Mais même sans ça, c’est un rendez-vous que je veux maintenir. Je suis toujours contente d’y aller et j’en ressors toujours un peu plus apaisée.

Et si vous vous posez la question, oui, elles est Noire. Je tenais à ce que cette partie de mon identité soit prise en compte dans mon suivi.

Je peux comprendre que ce soit un sacrifice financier à faire mais j’ai choisi d’investir sur moi et je suis contente de mon choix. Pour les personnes qui ne peuvent pas s’offrir les services d’un thérapeute privé, il existe des alternatives abordables, parfois même gratuites.

D’un autre côté, même quand elles le peuvent, certaines personnes choisissent de ne pas y aller. Parce que la douleur de ce qu’il faudra y raconter leur semble insurmontable et ingérable. Et parfois, parce que les normes sous lesquelles nous vivons ne nous le permettent pas.

Dans cet article du Harper’s Bazaar, on aborde la question de la santé mentale chez les hommes et comment les femmes de leur vie, leurs compagnes, en patissent. Elles deviennent des psys de substitution pour eux et doivent gérer la lourde responsabilité que ça place sur leurs épaules déjà bien chargées. L’article a fait son chemin jusque dans les forums de Reddit; je trouve celui-ci particulièrement intéressant.

Alors, je vous vois déjà venir les « Not All Men » brandissant vos pancartes et pointant du doigt le supposé égocentrisme des « féministes enragées qui mettent la faute de tous les maux sur les hommes mais les femmes aussi peuvent être toxiques donc apprenez un peu à faire la part des choses et puis aussi on ne vous voit jamais parler des violences et discriminations que subissent les hommes même si nous-mêmes, les premiers concernés, on n’en parle pas et on ne fait rien pour lutter contre cela mais on veut quand même que vous en parliez parce que ce qu’on veut vraiment c’est que vous arrêtiez de nous casser les burnes pour nous obliger à nous remettre en question sur notre place dans la société ».

Je peux continuer longtemps comme ça, surtout la partie dédiée au « toutes des p… ». Mais ça ira, je crois qu’on a compris le message.

Oui, on sait, ou du moins, JE sais qu’individuellement, les hommes ne sont pas systématiquement des « basura ». Quoique…

Mais en tant que groupe social, les hommes sont une menace permanente pour les Femmes (et même les hommes). La menace vient à la fois de ceux qui deviennent des bourreaux mais aussi de ceux qui font les Ray Charles devant les discriminations et violences que subissent les Femmes au quotidien. Je dis bien les Femmes; pas juste votre sœur, votre mère et la gentille Mélissa qui vient d’intégrer le service juridique au 4e étage, mais c’est parce que vous la trouvez mignonne et vous tenteriez bien votre chance avec elle. Sinon, en temps normal, ce serait une sale pimbêche qui pète plus haut que son croupion.

Je parle de celle que vous croisez le matin dans le RER et qu’un gentil monsieur touche à des endroits inappropriés pour des inconnus et vous ne dites rien même en voyant qu’elle a trop peur de réagir, parce qu’il y a des chances qu’il la suive en sortant du RER et la viole et / ou la tue. Je parle de votre collègue que vous savez extrêmement compétente et à qui on a volé la proposition pour le prochain appel d’offres de la boîte pour apposer le nom de Grégoire dessus; Grégoire en question qui récoltera la promotion derrière. Je parle aussi de votre compagne que vous laissez faire toutes les tâches à la maison même si vous travaillez tous les deux et êtes épuisés après une journée au bureau (après, chaque couple définit son fonctionnement interne hein. Moi quoi, comme on dit souvent !). Je parle de toutes celles pour lesquelles vous ne faites rien même quand vous voyez, celles que l’on transforme en victimes en vous rendant complices puisque vous ne faites rien. Je ne vais même pas aborder les micro-agressions du quotidien qui s’ajoutent à ce que les Femmes subissent tous les jours, tout le temps. Si vous trouvez que j’exagère, vous n’écoutez pas assez celles qui prennent leur courage pour oser parler.

Tout ce qu’on demande, c’est le respect. De nos corps et de nos droits. Et par pitié, épargnez-moi le fameux « mais vous ne vous respectez pas vous-mêmes ! ». Tout être humain a droit au respect. Il n’y a pas de conditions pour que cela s’applique.

Donc pour revenir à la thérapie, je recommande à toute personne d’y aller. Même si vous n’avez pas l’impression d’en avoir besoin. Je dirais même surtout si vous avez l’impression de ne pas en avoir besoin car « tout est sous contrôle ». Vous seriez surpris de découvrir tout ce que votre inconscient tente de gérer comme il peut. Je suis sure qu’il est à deux doigts de craquer.

Allez, c’était moi. A demain.

Tchüss,

One Reply to “Je vois quelqu’un…”

  1. […] Jour 1 : L’art de (se) déconnecterJour 2 : A nos passions manquéesJour 3 : La mode, la mode, la modeJour 4 : Je vois quelqu’un… […]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.