Quand l’ascenseur social monte…

Lorsque j’étais encore une avide lectrice des romans de Paolo Coelho, j’avais été happée par l’histoire et les personnages de La Solitude du Vainqueur, bien que déçue par le dénouement du livre. Le thème principal était autre mais j’avais été marquée par la description satyrique qui avait été faite des classes sociales aisées. Les riches.

On les envie, les riches. On veut être comme eux et on les déteste aussi pour ce qu’ils ont. Ces privilèges que nous n’avons pas, nous les simples prolétaires et membres de la classe moyenne. Et quand l’ascenseur social parvient à monter d’au moins un étage pour les plus démunis, quand on réussit à changer de classe sociale, on est souvent rattrapé par la culpabilité.

Cette culpabilité que j’assimile au Syndrome du Survivant conditionne la personne concernée à se sentir mal et coupable d’avoir réussi, contrairement à son entourage. Tout comme pour le Syndrome de l’Imposteur, la personne qui a réussi va mettre en place des stratégies pour compenser ce qu’elle considère comme un handicap. Elle se sent obligé de prouver qu’elle n’a pas trahi ses racines et qu’elle n’a pas oublié d’où elle vient.

Par ailleurs, pour se fondre dans la masse, ces personnes apprennent à faire le switch : passer d’une classe sociale à une autre en modifiant leur langage, oral ou corporel. Elles adaptent leur personnalité en fonction de l’environnement où elles se trouvent. Tout ceci par peur d’être rejetées d’un côté comme de l’autre. On peut aisément imaginer le poids et la charge mentale que cela peut représenter pour chacun. Cela a forcément des conséquences psychologiques que l’on ne peut pas toujours déceler suffisamment tôt.

Pour certains, cette culpabilité d’avoir réussi s’ajoute à l’obligation morale de réussite. En effet, beaucoup grandissent en portant sur leurs épaules les rêves et espoirs de toute une famille. L’échec n’est pas une option pour eux car leurs proches comptent sur leur réussite pour sortir de leur situation précaire et améliorer leurs conditions de vie. Cette obligation morale est rappelée sans cesse à chaque résultat scolaire. Sans oublier la participation aux charges et dépenses familiales dès la moindre entrée d’argent. Une obligation morale qui s’intensifie si la distance géographique s’ajoute à l’équation. Le sentiment d’impuissance ajoute un poids supplémentaire à cette obligation morale. Ce sentiment de devoir, tel un superhéros, de sauver son entourage. Tout comme les espions dormants, les transfuges de classe ont grandi avec un seul objectif en tête : réussir pour aider la famille.

Supporter cette charge peut mettre en péril la santé mentale des personnes concernées mais refuser d’assumer cette responsabilité peut être perçu comme la manifestation d’un individualisme tant décrié dans nos sociétés actuelles. Comment faire la part des choses entre rendre à la communauté ce qu’elle nous a donné et assurer tout de même une certaine balance, un équilibre qui favorise l’épanouissement des transfuges ? Chacun se doit d’examiner son cas et décider de la marche à suivre.

Allez, c’était moi. A demain.

Tchüss,

2 Replies to “Quand l’ascenseur social monte…”

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  2. […] eu ces opportunités ! Je pense à tous ces talents et ces génies qui ne seront pas révélés car leur condition sociale ne permet pas qu’ils se développent pleinement. J’ai envie d’aider. J’ai envie de les […]

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