Je cherche encore à comprendre pourquoi le passeport gabonais n’a une validité que de 5 ans, mais là n’est pas le sujet du jour. Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est le parcours du combattant qu’il faut traverser durement pour renouveler (ou pas) son passeport quand on est de nationalité gabonaise. D’autant plus que c’est pour beaucoup la seule pièce d’identité accessible, vu que, il me semble, l’édition de cartes d’identité nationales n’est plus disponible depuis plusieurs années. Mais c’est un sujet pour une autre fois.

E-passeport, une révolution administrative

Renouveler son passeport gabonais donc. Mon passeport expirant en aout 2021, je décide de le faire renouveler en ayant recours à la nouvelle procédure mise en place par la DGDI. Il s’agit d’une procédure « électronique et à distance », je suppose principalement destinée à la diaspora qui se plaint des délais interminables dans les représentations consulaires.

26 août 2021 : j’envoie donc tous les documents demandés par la DGDI pour la fameuse procédure à distance. Je ne reçois aucune réponse, pas même un accusé réception. Quelques jours plus tard, je renvoie le mail sur une adresse mail différente, sait-on jamais. Une fois de plus, aucun mail ni accusé réception.

14 septembre 2021 : Plus de deux semaines plus tard, je n’ai toujours pas de retours de la part de la DGDI. Je demande donc à un de mes proches à Libreville de se rendre à la DGDI afin de s’y renseigner. Je ne sais plus trop ce qu’on lui a dit, mais la personne est rentrée bredouille, sans mon passeport ni plus d’informations sur ce que je dois faire. Exaspérée, je décide d’attendre mon prochain séjour au Gabon pour me remettre sur le sujet et de demander un Laissez-Passer pour entrer sur le territoire national. Si j’ai l’énergie pour, un de ces quatre, je vous raconterai le calvaire pour cette « simple » procédure à l’ambassade du Gabon à Paris. Mais pas aujourd’hui. Un seul problème à la fois.

DGDI : jamais deux sans trois… ou quatre !

Un an plus tard, août 2022. Je suis en vacances à Libreville et une de mes priorités est de renouveler mon passeport. J’entreprends donc de me rendre à la DGDI.

Jour 1 :

Il fait chaud; je porte une robe ample blanche à fines bretelles et des sandales plates. Un des agents à l’entrée m’indique qu’ils ne peuvent pas me laisser entrer habillée ainsi. Il me dit, je cite : « les chaussures encore, on peut fermer les yeux. Mais la robe, c’est pas possible ».

Soit. Je reviendrai le lendemain

Jour 2 :

Le lendemain donc. Une amie (qui travaille à la DGDI) d’une amie m’explique que pour les procédures à distance, quand on envoie le dossier de renouvellement, si on ne reçoit aucun mail, c’est que le dossier est considéré comme complet. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles apparemment.

Bref. J’ai une tenue correcte, j’explique à l’entrée que je viens pour mon passeport à distance. On me laisse entrer et je me dirige vers le guichet n°3 « Passeports à distance ». J’ai de la chance, il n’y a personne avant moi pour ce guichet, contrairement aux autres espaces où une foule de personnes attendent. J’explique donc à l’agent au guichet ma situation, elle me dit : « si c’est pour vous-même le passeport, la procédure à distance s’annule. Il faut faire une nouvelle demande ici ».

En gros, j’envoie mon dossier par mail depuis l’étranger et j’envoie une personne (mandataire) pour régler les frais et récupérer le passeport à sa sortie. Si je veux le faire moi-même, ce n’est pas possible et je dois recommencer à zéro. Je me retiens. Je reviendrai un autre jour alors pour faire une nouvelle demande.

Jour 3 :

J’arrive à la DGDI à 6h45 avec mon dossier complet pour faire une nouvelle demande de renouvellement. « Madame, le quota du jour est déjà atteint. On ne distribue plus de tickets. Il faut revenir demain très tôt. »

Une dame à côté de moi hausse le ton, ça fait plusieurs semaines qu’elle vient avec son fils nouveau bachelier pour établir son passeport. « Il doit bientôt commencer les cours mais il est encore au Gabon parce qu’il n’a pas le passeport ». Un des agents lui répond qu’il y a des personnes qui viennent à 5h, voire 3h du matin et elles sont reçues dans la journée. On ne peut rien pour nous les retardataires. Pendant qu’il dit cela, un jeune homme s’approche de lui et lui tend son téléphone. La personne au bout du fil lui dit quelque chose et l’agent laisse passer le jeune homme et ses deux amis avec lui. Voilà. J’ai envie de pleurer.

Je souffle un coup et je prends un taxi pour rentrer chez moi. Je mets mon réveil pour le lendemain à 4h du matin.

Jour 4 :

A ce stade, la DGDI que je considérais comme une des rares administrations gabonaises où les choses se passaient plutôt normalement, devient une administration de plus où la procédure la plus simple prends des tournures et complications inimaginables et inutiles / facilement évitables. Je suis à bout et je « comprends mieux en partie pourquoi la plupart des gens ici sont énervés tout le temps. La moindre démarche, le moindre contact avec les services publics ou privés devient un parcours du combattant inexplicable ».

Mon réveil sonne à 4h du matin et à 5h30, je suis installée sous la tente devant le bâtiment principal avant son ouverture.

S’armer de beaucoup, beaucoup, de patience

A 7h, on peut enfin entrer dans le bâtiment et une fois installés, on nous distribue les formulaires à remplir. Il y’en a deux : le formulaire pour le passeport (première demande ou renouvellement) et la fiche circuit. Celle-ci permet aux agents de la DGDI de suivre l’avancement de chaque demandeur au cours du processus.

A 7h30, un agent nous explique comment remplir les deux formulaires (je recommande d’attendre d’être à ce stade pour remplir son formulaire de demande car les précisions apportées par l’agent sont précieuses pour avoir un dossier conforme. A la moindre erreur, votre dossier peut être rejeté et il faudra tout reprendre à zéro !).

Je remplis mes deux formulaires et j’attends d’être reçue; il y a quarante-et-une personnes avant moi. Même avec les tickets / numéros, on fait passer en priorité les familles avant enfants en bas âge, les retraités et les personnes en situation de handicap. Ainsi que les personnes avec des tickets des jours précédents qui n’ont pas été reçues avant. Je ne parlerai pas plus des personnes qui arrivent, font appel à des agents de la DGDI qu’elles connaissent et passent avant tout le monde. J’ai déjà dit : un problème à la fois.

A 10h20, on me reçoit pour vérifier que mon dossier est complet et à 10h30, je ressors du guichet et j’attends qu’on me redonne ma fiche circuit pour aller aux caisses et payer.

A 12h50, je récupère enfin ma fiche circuit et je me dirige vers la caisse de la DGDI pour pouvoir régler les 40.000 FCFA de frais de renouvellement. Je n’entends pas bien ce que l’agent me dit; elle s’impatiente et s’agace en tapant du doigt la vitre pour me montrer une affiche explicative. Il est midi, je suppose qu’on est tous fatigués et affamés.

A 12h55, je passe à la caisse du Trésor Public pour les 5.000 FCFA dûs. Au guichet des « Passeports à distance », une dame s’énerve : « ça fait des semaines que je viens ici et vous me dites à chaque fois qu’il faut repasser. Mon neveu est là-bas, il a besoin de son passeport pour renouveler son titre de séjour à la préfecture. A cause de vous, il risque de finir sans-papier. Ca veut dire quoi ça ?! En tout cas, aujourd’hui, je ne repars pas sans le récépissé de son passeport ». On lui demande d’attendre à côté. Elle continue de parler, énervée. Un monsieur se joint à elle pour blâmer « l’incompétence des gens-là alors qu’ils devraient déjà être à la retraite. Laisser la place aux gens qui savent travailler avec les nouvelles technologies. Là où vous les voyez, c’est sûr qu’ils ne savent pas utiliser le logiciel pour les procédures à distance ». Je souris, parce que c’est un peu mon travail, et parce qu’aussi, je suis fatiguée. D’autant plus que les guichets du Trésor Public sont fermés; les agents sont allés en « pause de 15 min » il y a déjà plus d’1h apparement. En témoigne la longue file d’attente.

A 14h15, les agents reviennent en poste et on peut enfin régler les 5.000 FCFA du Trésor Public. Je retourne m’asseoir en salle d’attente. Et 30 minutes plus tard, il faut croire que je suis chanceuse car on me reçoit dans un des guichets pour l’enrôlement. Il s’agit des guichets où on prend mes informations biométriques (empreintes, photos, etc). Une personne viendra se plaindre de son attente; l’agent qui me reçoit lui explique que les dossiers sont répartis entre tous les agents disponibles et qu’il ne peut rien faire. Ca dépend de la vitesse de traitement de chaque agent. On vérifie mes informations, on prend mes empreintes, on prend ma photo. Je sors de la DGDI avec mon récépissé de demande de renouvellement. Il est 14:59.

Je n’ai pas de conclusion à part pour dire que ce processus pourrait être mille fois plus simple, sur tellement de niveaux. Et c’est le cas pour énormément de choses dans ce beau pays qu’est le Gabon. C’est dommage.

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